CFPJ Lab

Organisation des rédactions - Compte-rendu du 14e CFPJ Lab

Compte Rendu + Video  07 juillet 2011

Face à la montée en puissance des médias numériques, la mutation des rédactions est en marche. Les rédactions intégrées se multiplient outre-Atlantique, tendance suivie dernièrement en France par le Nouvel Obs. Mais si la convergence semble avoir le vent en poupe, dans le même temps des voix s'élèvent pour prôner un retour en arrière.

Quelle méthode privilégier ? Faut-il former tous les journalistes à tous les savoir-faire ? Quelles solutions concrètes mettre en place ? Autant de questions auxquelles ont tenté de répondre Laurent Guimier, directeur général adjoint éditorial de Newsweb et Nicolas Charbonneau, rédacteur en chef du Parisien / Aujourd’hui en France qui remplaçait Thierry Borsa, directeur de cette même rédaction, initialement programmé pour ce 14e CFPJ Lab, qui se déroulait le 5 juillet sur le thème « Organisation  des rédactions : demain tous homme-orchestre ? ».

Du bélinographe à l’iPhone

Pour Laurent Guimier, responsable opérationnel des sites news europe1.fr, leJDD.fr, ParisMatch.com et responsable de la coordination de l'information numérique de Lagardère Active, il s’agit de gérer 3 rédactions correspondant à trois marques différentes. Se pose donc la question de la circulation de l’information entre les trois et le besoin de journalistes « couteaux suisses ». En l’espace de 300 ans le monde des médias a subi peu de bouleversements, contrairement à ces 15 dernières années qui ont amené de véritables révolutions dans les rédactions. Il ne faut pas oublié que nous sommes passés, en un peu plus de 100 ans, du bélinographe à l’iPhone pour l’envoi de photos !

Il y a 15 ans les rédactions accédaient à l’information via trois sources : les journalistes, les agences et les sources institutionnelles. Il faut désormais compter avec la concurrence et les réseaux sociaux qui créent un tsunami quotidien et permanent de sources supplémentaires d’information, bouleversant ainsi la manière de faire de l’info.

Concernant la diffusion de l’info, la multiplication des canaux a créé une situation bouleversante et anarchique, qui, selon Laurent Guimier, doit reposer la question : A quoi sert une rédaction ? A quoi vont servir les journalistes ?

3 piliers : valider, révéler, dialoguer

Il identifie aujourd’hui 3 missions principales pour le journaliste : la validation, la révélation et enfin le dialogue autour de l’information. Sur la révélation de l’information il cite l’exemple d’un journaliste radio qui, disposant d’une exclusivité, choisit de la communiquer par mail à sa rédaction afin de permettre une publication sur le site internet aux premières heures du jour pour des questions de référencement. Il revient également sur la réactivité des médias dans le traitement de l’affaire DSK : Le New York Post est le premier à publier l’information sur son site internet, immédiatement relayée sur Twitter.  L’info, captée par le JDD, est aussitôt transmise au print pour vérification et validation, et passe rapidement au web pour assurer une publication simultanée sur les deux supports. Pour Laurent Guimier le fait que les deux services se parlent permet que l’information bénéficie aux deux supports. La suite logique pour développer le dialogue autour de cette information : inviter l’intervenant, initialement prévu en interview sur Europe 1, une heure plus tôt pour répondre en direct sur le site aux questions des internautes. On ne peut donc pas parler d’homme-orchestre, car chacun a fait son travail mais tout en communiquant avec les autres services liés.

Face à cette mutation des rédactions Laurent Guimier distingue 3 profils de journalistes, quel que soit le support : les journalistes « assis », spécialistes de la veille sur le web et détenteurs d’une expertise, les journalistes « debout » qui sont les correspondants et les reporters, et enfin les journalistes « de dialogue » en charge de la modération et du community management.

Appliquer la logique d’infusion

Laurent Guimier distingue 6 pistes pour accompagner la mutation des rédactions et créer ainsi une nouvelle dynamique entre les équipes : la proximité géographique, un véritable engagement managérial, de la pédagogie (pour « dédramatiser » les relations entre les services), de la simplicité, valoriser les personnalités, et enfin du temps. Laurent Guimier préconise ainsi une « logique d’infusion » : il faut environ deux ans pour installer un projet et les effets en sont visibles à partir de la 3e année. Il faut changer de logique et ne plus réfléchir uniquement en termes de support. La question que doit se poser le journaliste face à un contenu est simplement « où vais-je le diffuser le plus efficacement possible ? ». Ainsi des journalistes radio, couvrant un évènement, peuvent spontanément prendre quelques photos pour les envoyer à leur service web. Ce qui importe désormais c’est la capacité d’adaptation.

Le Parisien / Aujourd’hui en France rattrape son retard

Pour Nicolas Charbonneau, en charge du print et web, les rédactions opèrent des mutations, avec un peu de retard. Aujourd’hui la peur principale des 351 journalistes est de devoir tout faire dans un temps restreint. Mais pour Nicolas Charbonneau une chose est sûre : on ne peut pas faire tout bien en même temps. En effet, on demande désormais aux journalistes de twitter, d’envoyer des photos et des vidéos, dans une course à l’exclusivité et à la rapidité, tout en continuant de produire des papiers.

En l’espace de deux ans la jonction entre l’univers print et la culture web ne fait plus peur mais continue de susciter quelques angoisses, liées à la question de l’homme-orchestre. Nicolas Charbonneau rejoint ainsi la position de Laurent Guimier sur l’image de l’infusion : on ne pourra pas tout faire trop vite. Pour cela il a emmené tous les chefs de service (2 fois 20 personnes) en Grande-Bretagne pour visiter sept salles de rédaction. L’objectif de ce voyage était notamment de convaincre le management intermédiaire. A leur retour, un peu ébranlés, l’ensemble des chefs de service a pris conscience de la nécessité de bouger : la visite a montré qu’on peut agréger plusieurs compétences, même extérieures, autour d’une même information.

De l’art de décrypter l’info

Pour Nicolas Charbonneau, outre les 3 piliers cités précédemment par Laurent Guimier, le rôle du journaliste est aussi de décrypter l’information.

Le Parisien est aujourd’hui revenu dans le trio de tête des journaux d’information et poursuit de nouveaux développements : après la refonte de la page d’accueil du site, de gros projets sont lancés sur les tablettes numériques. Nicolas Charbonneau croit également au développement de l’info locale, riche et vraie, et travaille sur la géolocalisation et la personnalisation de l’information, qui permettrait de fabriquer un journal à la mesure de chacun.

Vers une rédaction plurimédia

La refonte des rédactions du Parisien / Aujourd’hui en France est lancée et sera présentée prochainement. Pour Nicolas Charbonneau, la rédaction a besoin de tous les métiers, mais croit à la spécificité de chacun d’entre eux. L’homme-orchestre attendra.

Pour aller plus loin, découvrez les interviews de Laurent Guimier et Nicolas Charbonneau.

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