CFPJ Lab

Presse en ligne : l’info à tout prix ? – 8e CFPJ Lab

Compte Rendu + Video  23 avril 2010

Ce 8e CFPJ Lab réunissait Edwy Plenel, le créateur de Mediapart.fr,  et Cyril Zimmermann, PDG de Hi-Media, sur la question du prix de l'info sur le web.

« Les avant-gardistes sont ceux qui défendent la tradition dans la modernité »

À cette occasion, Edwy Plenel est revenu sur le modèle économique particulier de Mediapart.

Le site est né de l'intuition de ses fondateurs issus de la « vielle presse ». L'avènement du web crée une véritable « révolution industrielle », qui détruit l'existant et crée de nouveaux modèles. Mediapart doit donc être  un « laboratoire à contre-courant» qui bouscule les a priori. Le site est conçu comme un journal traditionnel transposé sur internet : un journal numérique sur une base analogique. Il n'est pas financé par la publicité, mais par des abonnements et  intègre la notion de gratuité, inhérente au web, via des pages de contenu en accès libre.

Pour Edwy Plenel, le fait de vouloir proposer une information enrichie, indépendante et qualifiante sur le modèle du tout gratuit basé sur la publicité ne peut que détruire la valeur de l'information, en confondant le contenant et le contenu.  Une entreprise nécessairement vouée à l'échec, une « bulle spéculative » qui ne peut qu'exploser à terme.

Edwy Plenel distingue deux modèles économiques différents entre les médias TV et radio et celui de la presse écrite : les deux premiers sont basés sur du tout gratuit payé par la publicité avec  le divertissement au cœur du modèle économique, alors que le papier, qui repose sur de l'information pure, propose l'équation inverse.  De même que les modèles économiques des médias traditionnels ont généré un certain type d'information, le web va créer sa propre qualité d'information.

« Ce sont les infos qui font l'opinion »

Le parti-pris de Mediapart est donc de proposer un journalisme durable, en profondeur  et autrement documenté. La valeur de l'information reposant sur l'indépendance, la qualité, l'exclusivité et le dialogue initié avec le public, une forme de conversation démocratique.

Si le site n'est pas encore rentable, la courbe des abonnements de Mediapart semble donner raison à son fondateur : depuis la création de Mediapart, constate Edwy Plenel, pas un jour ne passe sans qu'un nouvel abonné ne s'inscrive.

Autre constat pour Edwy Plenel : plus de 60% des visiteurs (500 000 à 600 000 visiteurs uniques) viennent directement sur le site. Il y a donc de la place pour les médias de destination.  Sur la question de la fidélisation  le taux de renouvellement se situe entre 70 et 80%. Le site comptabilise 300 visiteurs par jour sur la page abonnement. Alors comment transformer ces visites en abonnements ?

Aujourd'hui Mediapart fait face à un certain nombre de difficultés : il faudrait le double d'abonnés pour être rentable, mais également accélérer les techniques concernant la commercialisation, les modes de paiement et sa démocratisation.  La durée de vie de deux ans des cartes bleues pose un véritable problème de défection et d'intermédiaire supplémentaire lors du renouvellement d'abonnement. Internet doit donc inventer de nouveaux modes de commercialisation : le prélèvement automatique, qui n'avait pas été retenu initialement par Mediapart, ou l'idée d'un code propre aux activités numériques sont des pistes à suivre pour Edwy Plenel.

« Les fabricants de pioche sont ceux qui s'en tirent le mieux dans les ruées vers l'or »

A l'intervention d'Edwy Plenel succède celle de Cyril Zimmermann, PDG de Hi-Media, l'un des plus grands éditeurs de sites et leader européen sur le marché de la publicité interactive et celui des paiements électroniques. Son constat est tranché : les journalistes sont véritablement menacés par cette révolution industrielle générée par le web.  Les éditeurs doivent, selon lui, mener un examen profond de leur public pour gérer efficacement  leur audience ou clientèle. A partir de là se pose la question : qu'est-ce qui peut être gratuit, et surtout payant ?

La gratuité n'existe pas, insiste t-il, il s'agit d'un mythe propagé par Google. Internet n'a jamais été gratuit : les consommateurs payent en effet des abonnements à leurs fournisseurs d'accès internet. Il y a donc une migration à faire des FAI vers les producteurs de contenus.  Mais quelle répartition proposer entre les deux ?

15 à 20% des internautes sont prêts à payer pour accéder à une information de qualité sur le web.  Pour David Zimmermann ce chiffre est déjà énorme car les internautes n'ont pas conscience qu'ils payent déjà certaines informations à l'acte ou à un média, ce qui est le cas pour 93% des utilisateurs d'un iPhone, d'un Kindle ou encore pour les éditeurs de jeux vidéo qui proposent déjà des abonnements aux déclinaisons multiples.  Une ergonomie adaptée à la diffusion d'un support facilite elle aussi l'acte d'achat, comme l'a très bien compris Apple avec sa plateforme  iTunes , où les coordonnées bancaires sont saisies une fois et l'accès par la suite est limité à deux clics. La preuve donc qu'on peut proposer des contenus à 99 cents et réussir à créer une économie et surtout une rentabilité.

Un changement de culture à engager dans les médias

Concernant le prix de l'info à fixer sur le web une étude indique une moyenne de 3$ par mois par utilisateur. Ce chiffre, même s'il est amené à évoluer, représente néanmoins une somme bien moindre que lorsqu'on achète un journal régulièrement sans être abonné ! Les éditeurs se doivent d'être plus efficaces car les éditeurs papier font dans les faits de piètres éditeurs commerciaux et la gestion au sein de la presse s'avère relativement médiocre. Un changement de culture dans les médias est donc nécessaire avec des coûts moindres, des process plus organisés et une démarche commerciale plus affirmée.

Le métier d'éditeur est déjà en train de changer car les consommateurs veulent désormais payer juste ce qui les intéresse, que ce soit au travers d'abonnements illimités ou d'achats à l'article. Cela pose bien sûr des problèmes de paiement à affiner pour les consommateurs mais aussi de rétribution des journalistes : une rémunération variable peut-elle être réellement mise en place en fonction de la popularité des journalistes ?

Pour Cyril Zimmermann nous sommes encore au début de ces interrogations sur le modèle gratuit / payant. Néanmoins ce mouvement est nécessaire, comme l'a initié Mediapart, et repris depuis dans le cadre de modèles freemium par d'autres sites de presse. Les moyens de paiement, les prix, et le choix offert aux internautes sont autant de pistes à développer dans les prochains mois. Des systèmes de paiement alternatifs aux circuits bancaires existent déjà via les opérateurs télécoms, mobiles et fournisseurs d'accès à internet. Même si les frais restent encore un peu plus élevés que ceux d'une banque traditionnelle ce système offre l'avantage d'être en contact permanent avec le consommateur, et permettrait ainsi d'augmenter les volumes de transaction. La solution AlloPass, développée par Hi-Media autour du micro-paiement, en est l'illustration : 8,5 millions de transactions mensuelles enregistrées au travers de dispositifs multiples : SMS, audiotel, cartes prépayées, porte-monnaie électronique...

Il ne s'agit donc pas d'un problème de support mais plutôt d'opérateur économique, qui induit la nécessité d'un véritable changement culturel.

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