Interview de Marc Mangin auteur de « Chine, l’empire pollueur » : l’écriture réaliste

Version imprimable Claire CHAGNAUD le 28 avril, 2008 - 11:10

Mi-avril, Marc Mangin, journaliste indépendant, formateur régulier au CFPJ, a sorti son troisième livre. « Chine l'empire pollueur » pourrait être un livre de science fiction. Pire que cela, il se veut une projection plus que réaliste de ce que deviendrait l'Empire du Milieu s'il décidait de consommer à la manière des Occidentaux. L'environnement ne résisterait pas à ces besoins énergétiques et alimentaires démesurés.

 

Votre essai accumule des données, parfois inquiétantes, sur l'état environnemental, énergétique, démographique, de la Chine. Pourquoi ce livre ?

« Ce livre réunit une somme de connaissances qui veut remettre les pendules à l'heure. Il est facile de dire que la Chine est le premier pollueur du monde depuis 2006. Mais la Chine n'est que le reflet d'un modèle de développement qui présente ses limites. Le but n'est pas d'effrayer mais de dire que ce modèle est inadapté car poussé à son paroxysme, il va faire exploser la planète ! La Chine est le dernier Etat qui cadre la politique économique et commerciale. En Occident, ce sont les financiers. »

 

Pourquoi avoir intégré autant de chiffres ?

« Moi, je ne suis pas un environnementaliste, je ne suis pas un économiste et je ne suis pas un chinois. Je suis un journaliste observateur. Ce livre a sans doute les défauts du journaliste : je juge l'info sur des faits et le commentaire appartient aux lecteurs. »

 

Quelles ont été vos sources et quelle est leur fiabilité ?

« On a une idée complètement farfelues par rapport aux sources d'informations chinoises. Disons qu'il y a deux types de sources : le canal officiel, avec l'agence de presse Chine Nouvelle et les informations qui émanent du gouvernement. Beaucoup de mes informations viennent de Chine Nouvelle, y compris celles qui sont critiquent par rapport à la réalité. Ensuite, le gouvernement a mis en place beaucoup de structures étatiques, des agences, des bureaux de statistiques, des cercles de réflexion pour informer les dirigeants chinois. Ces structures sont associées à des universités, donc il y a là un matériel abondant, la plupart du temps en anglais. »

 

Ce sont là des sources très officielles, comment avez-vous recoupé vos informations ?

« Il y a aussi d'autres sources à prendre en compte. Les entreprises chinoises elles-mêmes et les entreprises étrangères implantées en Chine. Prenons l'exemple de Procter et Gamble. Cette entreprise américaine vend notamment des couches culottes. Quand elle s'implante en Chine, elle fait une étude de marché et a besoin de savoir combien elle pourrait vendre de couches. Donc elle sort des informations sur la démographie, que l'on croise avec les données officielles. Il y a aussi des sources universitaires : beaucoup de Chinois étudient à l'étranger, très peu en France. Ils sont tenus de faire des publications de leurs travaux. Enfin, il y a une veille économique très développée aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Cela permet de recouper beaucoup d'informations. »

 

Ce qui est frappant à la lecture de votre livre, c'est la place de l'exemple, du concret. Etait-ce nécessaire pour dynamiser l'écriture par rapport à toutes les données ?

« J'ai la chance d'avoir une éditrice très présente. Son leitmotiv, c'était : « des images, des images et des images ! » Elle m'a fait travailler sans arrêt pour intégrer des images dans l'écriture. Et puis les images permettent de faire des recoupements dans la structure du livre. Pour chaque thème, je commence par donner tous les chiffres ensuite, je décris. Cette construction a permis des ruptures de rythme dans le livre. Il y a des renvois à la culture et à l'histoire chinoise, un peu d'humour pour éviter de tomber dans un propos complètement anti-Chine. »

 

Qu'est-ce qui a été le plus agréable à écrire dans ce livre ?

« La dédicace ! (NDLR : à sa fille). L'avant-propos. Mais j'aurai aimé avoir plus de temps pour aller plus loin car ce livre a été écrit très vite. Ce qui a été vraiment plaisant, c'est qu'il y avait environ 185 000 signes au départ. Il a fallu retravailler derrière, couper, trouver le mot le plus juste, le détail, trouver une écriture efficace. Ca, c'est très excitant. »

 

« Chine, l'empire pollueur » (Arthaud, 188 p. - 15 €)

 

 

 

Propos recueillis par Valérie Pailler, responsable département presse écrite CPJ