Les hasards de la vie ont également guidé Henri Weill vers le monde politique. Il a fait de nombreuses expériences et la plus étonnante d'entre-elles est celle vécue au sein du cabinet d'Eric Besson. Les chapitres que l'auteur consacre, avec recul, à ce passage dans un ministère, donnent un éclairage singulier sur "les techniques de management" de l'homme des ruptures avec le parti socialiste et Ségolène Royal.
Henri Weill, journaliste et historien, est l'auteur de cinq ouvrages. Il est aujourd'hui journaliste indépendant et intervient au CFPJ.
Pourquoi avoir écrit ce livre?
Parce que l'écriture constitue un aboutissement. Comme les Compagnons du tour de France, réalisent l'objet, validant leur long apprentissage.
Je crois aussi qu'aujourd'hui, les rares espaces de liberté d'expression me semblent être les livres. Au travers de ce nouvel ouvrage, j'éprouvais le besoin de raconter un parcours peu linéaire. Celui d'un petit bordelais qui ne pense qu'au journalisme, qui réussit à atteindre ses objectifs -donc à conjuguer ses rêves- et qui choisit ensuite de vivre de nouvelles expériences professionnelles. La dernière, dans un cabinet ministériel, n'a duré que deux mois (d'où le titre) et s'apparente à une erreur funeste.
En 30 ans, comment avez-vous vu évoluer ce métier ?
Le journalisme ne vit pas seul et reste dépendant du monde. Il faut raisonner globalement en s'intéressant à la société qui a vu, par exemple, l'accès aux connaissances facilité. Pourtant dans le même le même temps, le savoir des jeunes générations a-t-il progressé ? Je ne le crois pas.
...Pourtant aujourd'hui, les jeunes journalistes sont mieux formés : au CFJ le niveau des étudiants reçus au concours d'entrée est de bac +4, auxquels il faut ajouter deux ans d'école...
Sont-ils, pour autant, à l'écoute des mouvements du monde ? Sont-ils curieux ?
Ouvrent-ils, pour autant, assidument, des livres ?
J'insisterai ainsi sur la définition possible du journaliste : un passeur de langage. Il ne doit s'engager ni dans une commode utilisation de définitions péremptoires, ni faciliter l'affadissement de la langue. Mais choisir le mot juste. Et les mots, souvent, sont pris en otage. L'exercice est complexe mais surtout pas inaccessible.
Je voudrais, comme le fait Jean-François Kahn, élargir la plaie : « je suis catastrophé », lance-t-il dans une récente interview, « que les jeunes ne connaissent pas l'histoire. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle ».
J'ai d'autant plus de liberté avec ce que je viens de vous dire que je suis autodidacte, ayant entamé des études après 40 ans, pour obtenir un DEA d'histoire.
Information, désinformation, renseignement...dans ce livre, vous décrivez par le menu une opération menée par les Services secrets contre un navire libyen. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour révéler cette action ?
Je consacre effectivement un chapitre à l'affaire du Rainbow Warrior et à ma rencontre, dans sa prison néo-zélandaise, avec le capitaine Dominique Prieur. Le ministre de la Défense de l'époque, Charles Hernu, avait donné le feu vert à cette opération après avoir constaté, cinq ans plus tôt, l'efficacité des services secrets français, dans la destruction du « navire amiral » de la flotte libyenne, le Dat-Assawari. Une affaire que je révèle avec précision.
Si je n'évoque cette histoire qu'aujourd'hui, alors que je la connais depuis quelques années, c'est que je souhaitais l'insérer dans un ouvrage consacré à la DGSE. Un livre destiné à tenter de comprendre les clés de ces métiers que l'on résume par le mot espion. J'avais besoin de pouvoir obtenir une forme de « coopération » avec cette institution. Que je n'ai pas eue...
Ensuite, une réflexion qui mérite un long débat : un journaliste doit-il publier dans l'urgence toutes ses infos ?
Trente ans, deux mois...deux mois difficiles : une erreur de parcours ?
Lorsqu'on connaît la fin de l'histoire sûrement. La vie est fragile et j'ai toujours considéré qu'il fallait savoir se remettre en question, s'enrichir d'acquis nouveaux. J'avais oublié le raffinement machiavélique d'hommes de pouvoir.
Vous enseignez au CFPJ depuis de nombreuses années : avec le recul et pour paraphraser Rilke, quelle serait « votre leçon à un jeune journaliste » ?
Pour parler d'amour aux amoureux, il faut être amoureux...
Interview réalisée par Olivier Porcherot, directeur département audiovisuel du CPJ.