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La formation continue des journalistes

Interview d'Edwy Plenel, le créateur de MEDIAPART

Interview d'Edwy Plenel, le créateur de MEDIAPART

Publié le 09 février 2010

« Notre journalisme a engendré une nouvelle solidarité avec le lecteur »

Le site d'information créé autour de l'ancien Directeur des rédactions du « Monde », est devenu en deux ans un média de référence.

Propos recueillis par Bruno Pfeiffer, responsable pédagogique Presse écrite


Quelle est la particularité de MEDIAPART, comparé aux autres Pure Players ?

Les abonnés payants profitent d'un droit de publication, comme s'ils animaient un blog. Sauf qu'ils ne jouissent pas de la possibilité de modérer les commentaires. Cette option aurait ouvert une trop grande hétérogénéité. La rédaction intervient si quelqu'un nous signale une dérive.

Quel est le profil de la rédaction ?

Vingt-cinq journalistes professionnels de tous âges, de tous titres de presse écrite (Télérama - Le Monde - Libération - les Inrocks - l'Equipe - Challenges - Reuters - AFP - Les Echos - etc.). A côté, parmi nos 20 000 abonnés, nous comptons un millier de blogueurs actifs.

Les rédacteurs ont-ils des consignes d'écriture spécifique au web ?

Je n'impose rien. Nous ne regardons ni la longueur des phrases, ni la longueur des textes. On décide des grandes lignes d'un article. Aux journalistes d'inventer leur style. Ceci dit, nous réfléchissons à tous les formats. Sylvain Bourmeau, par exemple, dans sa série sur les intellectuels français, associe des formats courts avec des entretiens vidéos.


Quel est le profil des contributeurs extérieurs ?

Le lectorat épouse la démographie des lecteurs de journaux dans notre ligne éditoriale. Nous nous positionnons sur une presse de qualité, disons austère ; à l'opposé d'une presse populaire. Notre lectorat est actif dans la vie intellectuelle. Beaucoup de retraités collaborent. On peut le comparer à celui du « Monde », qui décroche parfois entre 25 et 40 ans. Au total, 600.000 personnes nous ont visités l'an dernier.

Qu'apporte Mediapart sur le fond ?

Au début, nous avons lutté contre l'aspect virtuel de l'outil ; nous pensions qu'il nous détournerait de l'idéal journalistique. Que le web nous absorberait, nous ferait perdre pied, nous ferait quitter la réalité. Crainte infondée : nous avons saisi l'opportunité, avec le numérique, de ressourcer la confiance entre le journaliste et son public. En effet, ce type de presse a développé la solidarité entre le rédacteur et son lecteur. De la sorte, nous nous plaçons au coeur de la rénovation du métier. Le lecteur n'est plus perdu de vue. Notre journalisme sur le web a engendré une nouvelle solidarité. Ainsi les rédacteurs enrichissent-ils leurs articles au fur et à mesure des courriels de lecteurs qui les commentent. Les rédacteurs deviennent ainsi des passeurs. Certains regardaient la fonction de haut. Ils ont envoyé des réponses autoritaires. Je leur ai expliqué : ne vous sentez pas agressés, vous détenez la violence symbolique. Ils ont été amenés à éclairer les papiers au cours des échanges avec les abonnés. Ils sont devenus des pédagogues.
Du coup, un nouveau corpus éditorial s'est formé. Mon article sur l'affaire Siné, par exemple, en 2008, a suscité 400 commentaires. Jusque-là, c'est l'interactivité la plus forte. A chacun, j'ai répondu, souvent longuement. Les réponses composent une documentation complémentaire, dense, indissociable de l'article.

Quels sont les services originaux du site ?

Nous avons conçu deux instruments où le numérique améliore la presse traditionnelle. D'abord des onglets prolongés. Le lecteur peut aller plus loin grâce à la documentation. La presse papier n'offre pas ça. Ensuite une boîte noire qui précise les conditions de fabrication de l'article. Les conditions physiques de l'interview, par exemple (par téléphone ; par mail ; etc.). Nous précisons également les sources. S'il s'agit d'une source anonyme (pas dans nos habitudes), nous expliquons pourquoi avoir néanmoins traité l'information.

Vous disposez d'une ouverture singulièrement riche sur l'international pour un site récent!

C'est vrai qu'envoyer des reporters à l'étranger coûte cher. Le plus souvent, du reste, la rubrique trinque en période de crise. Grâce au web cependant, nous trouvons des solutions. Quelques exemples. Une ancienne sténo du « Monde » a refait sa vie en Irlande : elle tient la chronique sur la vie politique, économique et culturelle du pays. Une ex-éditrice du Figaro a suivi son époux au Brésil. Des étudiants du monde entier collaborent, de l'Egypte à la Chine. Enfin, nous rentabilisons les déplacements. Dès que nous trouvons la connexion, nous créons une interactivité. Ainsi les cours assurés en Haïti pour le CFPJ nous ont permis de revenir forts d'une matière éditoriale dense. Nous l'avons retraitée lorsque le tremblement de terre a frappé, pour aider à comprendre le contexte.
Nous avons inventé un système de slideshow avec VUVOX, un portfolio de photos lié au contenu.
Après le drame, nous avons monté un pool de trois journalistes que nous animons comme une rédaction détachée. Nous les rémunérons ces journalistes locaux comme des pigistes.

Mediapart est-il rentable ?

Il nous faudrait le double d'abonnés, c'est-à-dire 40 000. Nous travaillons sur le formulaire d'abonnement : 300 visites par jour. Mais tous ne s'abonnent pas.

Quelle image aimeriez-vous donner du site?

Nous représentons une clairière dans l'univers du web, touffu comme une forêt vierge. Il faut préserver cet univers, cette richesse. Nous essayons de donner des repères. De ne pas quitter le ciel de vue. De donner l'heure. Nous avons renforcé la notion de référence avec la publication du livre « N'oubliez pas : Faits et gestes de la Présidence Sarkozy ».

 

 

B.P.

 

 

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